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Expert du Blackjack opérant le site Blackjack-Square.com dédié au jeu de niveau professionnel. Monsieur G est un ancien membre de l'équipe MIT.

   

La Blackjackothèque - Rubrique papier - Quelques questions à... Al Francesco

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La Blackjackothèque - Rubrique papier - Quelques questions à... Al Francesco

C'est un grand plaisir pour moi de vous présenter cette entrevue réalisée par RWM avec un homme pour qui j'ai un immense respect. J'ai eu le privilège et l'immense plaisir de lui serrer la main lors d'une soirée privée il y a quelques années et je suis resté avec cette impression d'avoir rencontré un vrai « gentleman » . 

Al Francesco est un pionnier dans le monde du Blackjack. Inventeur du style de jeu « spotters / Big player » utilisé par plusieurs équipes au fil du temps, il est celui ayant enseigné le Blackjack à Ken Uston. Al Francesco fut le premier à diriger une équipe utilisant un ordinateur pour déjouer les casinos. Il ne se contentait pas de compter les cartes, Al Francesco voulait un avantage toujours plus grand… Un soir qu'il jouait en Corée, Al remarqua qu'un des croupiers « courbait » par inadvertance le coin de certaines cartes, il se mit aussitôt à signaler son partenaire de table et en moins de huit heures ils gagnèrent plus de $50 000 Un vrai professionnel au travail !
 

 
RWM : Quand avez-vous débuté au Blackjack ?
 
 AF : Tout le crédit revient à Ed Thorp. J'ai débuté en 1963 après avoir lu son livre « Beat the Dealer ». Cela m'a pris environ cinq semaines pour apprendre le système (Ten Count). Il fallait compter à rebours utilisant un ratio entre les petites cartes et les bûches. Le compte débutait avec 36/16 et s'il apparaissait une carte de chaque type, votre nouveau compte était alors 35/15, etc. Vous deviez diviser l'un par l'autre et votre ratio servait à déterminer si vous deviez tirer ou rester de même que la valeur de vos mises. Je me souviens avoir joué en utilisant ce système à Reno mais c'était très complexe.
 
RWM : Vous avez rencontré Thorp à l'époque ?
 
 AF : Non, Thorp n'était pas un joueur professionnel, il ne jouait à vrai dire pas beaucoup. Il essaya de jouer à quelques reprises et faisait souvent face à des tricheurs. Thorp, par manque d'expérience était incapable de repérer ceux-ci. C'est l'autre personne qui l'accompagnait qui remarqua qu'ils se faisaient tricher.
 
RWM : Étiez-vous joueur avant cette époque ? Alliez-vous à Vegas pour y jouer ?
 
 AF : Je n'étais jamais allé à Vegas ou Reno. Je venais tout juste de déménager en Californie lorsque j'ai lu le livre de Thorp. Plus tôt dans ma vie lorsque j'avais entre 19 et 20 ans, je jouais dans ma ville, Gary en Indiana. Je jouais au « Greek Rummy » et à d'autres jeux qui ne sont plus populaires. J'imagine que j'étais bon à ces jeux ou que mes adversaires étaient très mauvais puisque je gagnais constamment. Nous jouions de petites mises et je gagnais environ $5 000 par année. À cette époque c'est le salaire que m'aurait procuré un travail régulier. J'imagine que c'est à ce moment que je suis devenu un joueur professionnel.
 
RWM : Vous étiez donc habitué à repérer un avantage ?
 
 AF : J'ai toujours cherché à obtenir un avantage. J'ai probablement joué deux fois dans toute ma vie alors que je n'avais pas l'avantage. À tout le moins, à chacune des autres fois je croyais l'avoir. Je me souviens clairement de ces deux fois. Je me souviens de l'excitation qui est totalement différente de celle qui vous accompagne lorsque vous jouez pour gagner votre vie.
 
RWM : Quel jeu était-ce ?
 
 AF : Je jouais au Craps. Je jouais des mises de $10 et $20 et c'était exaltant. J'ai perdu $200 et suis retourné à la maison pour prendre de l'argent. Lorsque je suis revenu, la partie était terminée. J'ai probablement ainsi sauvé le reste de mon argent puisque beaucoup de ces parties étaient à l'époque contrôlées par des tricheurs.
 
RWM : Retournons en 1963. Vous aviez appris le « Ten Count » pour compter les cartes, comment était-ce à l'époque ?
 
 AF : La première fois où j'ai compté les cartes, j'ai eu un mal de tête en moins de vingt minutes. C'était un système très difficile et je croyais à tort être prêt à l'utiliser. Je suis donc retourné à la maison pour pratiquer davantage et lorsque je suis retourné au casino, j'étais prêt à affronter le meilleur des croupiers. À cette époque, toutes les parties étaient des « Single deck ».
 
RWM : Vous avez débuté avec de petites mises ?
 
 AF : Oui, j'ai commencé avec des mises de $5 à $25 et bâti mon bankroll jusqu'à pouvoir jouer deux mains de $200. Dans ce temps, les casinos ne savaient toujours pas que le Blackjack pouvait être battu et je variais mes mises de $5 à deux mains de $200. Je fus l'un des premiers à battre le Blackjack sur une base régulière et je jouais comme bon me semblait. Je jouais, jouais et jouais.
 
RWM : La tricherie vous a-t-elle posé des problèmes ?
 
 AF : Oh, c'était le plus gros problème. En 1963 je pouvais être témoin de croupiers qui trichaient entre six et huit fois par jour. La majorité du temps c'était le soir, les tricheurs semblaient tous travailler de soir. Je faisais donc beaucoup d'argent le jour et en perdais plus souvent qu'à mon tour en soirée. Je crois bien avoir repéré la majorité des tricheurs et évidemment, quelques-uns étaient, sans nul doute, trop forts pour se faire prendre.
 
À cette époque, les croupiers échangeaient leur carte cachée. Lorsqu'ils avaient un « 10 » ouvert, ils devaient vérifier leur carte cachée pour savoir s'ils avaient Blackjack. Si cette dernière était une mauvaise carte, au moment de jouer leur main ils échangeaient celle-ci contre la carte du dessus du jeu en la retournant. La carte du dessus du jeu devenait alors leur carte cachée et cette dernière retournait sur le dessus du jeu remplaçant celle utilisée. Je faisais alors face à des « 20 » main après main. Je n'ai appris cette méthode que plusieurs années plus tard. Le Cal Neva au North Lake Tahoe était réputé pour tricher. Frank Sinatra avait des parts dans ce casino et j'y étais allé pour voir de quoi il en retournait. Je me suis installé à une table de Blackjack et ai demandé $10 en pièces de $1. En misant $1 la main il me fallut onze mains pour perdre les $10. Dans cette même période j'ai reçu le cinq de cœur trois fois lors d'un seul deck. Le croupier recyclait des cartes (rolling), distribuait la seconde (dealing seconds) et utilisait tous les trucs que vous pouvez imaginer.
 
Note : Pour plus de détails sur les méthodes de triches, « How to Detect Casino Cheating at Blackjack » de Bill Zender et « Cheating at Blackjack » de Dustin D. Mark.
 
J'ai donc quitté la table et me suis dirigé vers une table de Craps passablement occupée. Tout de suite j'y ai aperçu quelque chose de suspect. Je connaissais quelques personnes lors de mes années passées à Gary qui étaient capables de substituer les dés et j'avais aussi lu plusieurs livres sur les méthodes pour détecter la tricherie. J'ai vu le croupier remettre les dés à l'homme situé à ses cotés. Il prit les dés et les déposa sur la table. Je savais qu'il les avait substitués.
Tous les joueurs à la table misaient sur « do » (passe), j'ai donc immédiatement misé sur « don't » (ne passe pas). J'aurais dû faire mine de rien mais j'étais incapable de quitter du regard l'homme ayant substitué les dés. Évidemment, ils étaient plusieurs pour mettre en œuvre ce stratagème et ma mise ainsi que mon regard ne passèrent pas inaperçus. J'ai vite compris que je n'étais pas le bienvenue et qu'il était préférable que je quitte. J'ai gagné $300 assez rapidement et comme ils n'aimaient pas que je prenne part au festin…j'ai dû quitter.
 
RWM : Est-ce que les casinos vous ont déjà attaqué physiquement ?
 
 AF : J'ai été rudoyé une fois au Harvey's. Mon frère qui est aussi un joueur professionnel, avait déjà vu un joueur se faire battre par les gardes de sécurité. Personne ne dit ou fit rien et tous assumèrent que l'homme devait avoir eu une conduite répréhensible. Environ deux semaines plus tard, j'étais au Harvey's. Ils m'avaient déjà expulsé et averti de ne plus revenir. Je faisais du repérage et ils m'ont remarqué puis m'ont fait monter à l'étage au bureau de la sécurité. Alors que nous montions ils me bousculaient et essayaient de me rendre furieux mais je ne bronchais pas, me souvenant de ce que mon frère m'avait raconté. Ils m'ont frappé à quelques reprises mais sans trop de gravité. C'était en 1963 ou 1964 et j'avais entendu des histoires au sujet des gens retrouvés dans le désert….je ne voulais prendre aucune chance.
 
RWM : Avez-vous tout de suite formé une équipe ?
 
 AF : Non, je jouais solo principalement à Reno et Lake Tahoe. Après une année et demie j'ai commencé à être banni à gauche et à droite et cela devenait trop problématique alors j'ai cessé de jouer. Je n'ai plus joué pendant huit ans. Ensuite, les 4 decks ont fait leurs apparitions et Lawrence Revere (auteur de Playing Blackjack as a Business) est arrivé avec son « Advanced Point Count ». J'ai appris son système et recommencé à jouer au Blackjack. J'ai joué environ un mois puis les problèmes ont recommencé avec les casinos. Je savais que je devais trouver une meilleure façon de jouer.
 
RWM : Connaissiez-vous Revere ?
 
 AF : Oui, nous sommes allés ensemble en vacances au Mexique.
 
RWM : Y-avait-il des casinos au Mexique à cette période ?
 
 AF : Non, nous y sommes allés juste pour passer du temps ensemble. Ce fût un voyage plaisant.
 
RWM : Comment le connaissiez-vous ?
 
 AF : Je lui ai téléphoné car j'utilisais son système. Il voulait me donner des leçons mais en réalité, je jouais mieux que lui. C'était un personnage, il retirait toujours une carte du jeu sans que ne le remarquent ces étudiants. Ainsi, ils arrivaient toujours à la fin avec le mauvais compte et il pouvait leur donner des leçons supplémentaires à grands frais. Il a fait plus d'argent avec ses étudiants qu'il n'en a jamais fait dans les casinos. Il jouait des deux côtés de la table, montrant aux gens comment jouer et ensuite allant au casino pointant ceux-ci au personnel du casino. Une fois nous sommes allés au Panama ensemble et avons été arrêté par la police de Noriega. Ils nous ont mis en taule, nous ne parlions pas espagnol et eux ne parlaient pas anglais. Le lendemain ils nous laissèrent partir et jamais ne sûmes pour quelle raison nous avions été arrêtés.
 
RWM : Ont-ils gardé une partie de votre argent ?
 
 AF : Non. Je n'avais pas beaucoup d'argent sur moi, peut-être $5 000.
 
RWM : Comment êtes-vous arrivé au concept du « Big Player »
 
 AF : Nous étions au Lake Tahoe, mon frère, ma sœur et son mari ainsi que moi. Nous avions une réservation pour le restaurant « Top of the Wheel » au Harvey's. Afin de tuer le temps, mon frère jouait au Blackjack et variait ses mises de $1 à $5 avec le compte. J'étais derrière lui, à discuter avec mon beau-frère et à chaque fois que je le voyais miser $5 je lançais un $100 sur sa main. Je continuais alors ma discussion avec mon beau-frère et laissais à mon frère le soin de jouer la main, comme si je n'avais aucun intérêt pour ce qui pouvait arriver. Lorsque mon frère descendait à $1, je retirais mon argent. Nous avons fait cela une vingtaine de minutes et le chef de table semblait adorer la situation. À cette époque, les billets de $100 étaient rafraîchissants à voir.
 
Lorsque le temps de partir fût arrivé, le chef ne voulait plus que l'on quitte la table. Il avait mordu comme un poisson. Sur le coup, je n'y ai pas trop fait attention mais lorsqu'un peu plus tard je jouais dans un 4 decks, j'ai réalisé que cela devait être la manière de les déjouer. J'ai donc commencé à recruter des gens intéressés par le Blackjack dont quelques-uns étaient des joueurs avec qui je jouais au Poker. Pour le premier voyage, j'étais le « Big Player » accompagné de trois coéquipiers. Nous sommes allés à Vegas avec $8000 et je me souviens avoir joué au Stardust misant trois mains de $500 sur un bankroll de $8000. À l'époque je ne savais pas que je misais beaucoup trop pour le bankroll que nous avions et j'ai été vraiment chanceux, gagnant $8000 en 45 minutes. Nous avons utilisé cette technique toute une année.
 
RWM : Ouf, si vous pouvez doubler votre bankroll à toutes les 45 minutes, vous allez vite être riche. En quelle année était-ce ?
 
 AF : C'était en 1971. J'avais l'adrénaline au tapis et après 45 minutes j'ai signalé à mes partenaires de jeu que la session était terminée. Ils étaient surpris puisque nous avions planifié de jouer 3 heures. Le chef m'a demandé mon nom et si je voulais déjeuner, sur quoi je lui ai donné le nom de Frank Fisano. Il m'a alors demandé quelle était mon occupation et j'ai répondu que j'étais dans l'immobilier. J'ai accepté le déjeuner et à mon retour le chef m'arrête et me dit : Hé Frank, j'ai fait une petite vérification et il n'y a personne dans l'immobilier à San Francisco du nom de Frank Fisano.
 
Je lui ai alors répondu : Je ne vous ai jamais dit que j'avais une licence en immobilier. Je vous ai dit que j'étais dans le domaine de l'immobilier. J'achète et je vends. Je mentais mais il a semblé mordre à mon histoire. Une quinzaine d'années plus tard je rejouais au Stardust sur un « hole card game ». Nous avions des croupiers se succédant et ayant tous la même faiblesse, c'est-à-dire qu'ils exposaient leur carte cachée à la première base. J'ai dû jouer 24 heures d'affilée sans arrêt. Nous avons gagné $48 000 et le même chef était présent. Bien sûr, il ne m'a pas reconnu après toutes ces années mais moi, je me souvenais de lui. J'étais toujours à la recherche de nouveaux joueurs car trois compteurs ne réussissaient pas à tenir complètement occupé le « Big Player ». 
 
Dans les moments creux, il avait l'air d'attendre quelque chose. S'il avait pu miser gros à chaque instant, le casino aurait pensé être en présence d'un maniaque enragé. Finalement nous avons eu six compteurs et le concept s'est amélioré. Puis, j'ai rencontré Ken Uston. Nous fréquentions la même fille et un jour il m'a téléphoné.
 
RWM : Savait-il jouer à ce moment ?
 
 AF : Non, je lui ai appris à compter et il a débuté comme « spotter ». J'avais aussi un bon ami à moi qui faisait office de « Big Player » mais j'ai découvert qu'il nous volait et j'ai dû me départir de lui. Je l'ai donc remplacé par Ken Uston, (Al se met à rire), j'aurais probablement dû rester avec le gars qui me volait, il n'aurait pas écrit un livre là-dessus. Tout ce temps où Ken a joué pour moi, il a terminé à égalité. Il n'a pas gagné d'argent pour l'équipe. Je ne crois pas qu'il ait été malhonnête mais je pense qu'il mettait tellement d'emphase sur son « acte » qu'il en perdait pratiquement son avantage. Quelques croupiers l'ont probablement volé.
 
RWM : Saviez-vous qu'il planifiait l'écriture d'un livre ?
 
 AF : Oh non. Je n'en avais aucune idée. Lorsque j'ai appris pour le livre, nous étions à une semaine de sa parution en librairie.
 
RWM : Lorsque le livre est sorti, les casinos ne savaient-ils pas déjà ce que vous faisiez ?
 
 AF : Pas vraiment. Pour être honnête avec vous, je crois que Ken aurait aimé se faire prendre sur le dernier voyage que nous avions fait puisque le livre était sur le point de sortir. Nous avions joué au Sands et l'éditeur de Ken était sur place pour le regarder jouer. Ken y allait de toute une mise en scène pour celui-ci. C'est vraiment Ken qui mit fin à notre groupe. Lors d'un voyage normal nous étions habituellement 22 joueurs. Nous étions divisés en trois groupes de 7 joueurs. Chacun comptant 6 spotters et 1 Big Player. J'étais le 22ème, en arrière-scène m'occupant de l'équipe. Les trois groupes étaient situés dans des casinos différents et les Big Players passaient le weekend entier au même endroit. De cette façon, chaque BP avait un groupe de compteurs différent à chaque jour. Si pour une raison quelconque le casino croyait comprendre ce qui se passait, il n'en avait aucune certitude puisque le lendemain le BP jouait à des tables où de nouveaux visages étaient présents. C'était une façon d'acheter du temps et nous avons opéré de cette manière trois années et demie.
 
RWM : Avez-vous joué beaucoup à l'extérieur du pays ?
 
AF : Quelques années après ma visite au Panama avec Revere, j'y suis retourné avec Bill. Ce fût mon premier voyage rempli de succès. Nous avons gagné $39 000 en trois semaines alors que la mise maximale était de $200. La partie y était très bonne, il y avait l'abandon, le re-partage des As et le double accepté sur tous partages, même les As. La partie était distribuée à partir d'un sabot de 4 jeux et l'on vous montrait la carte brulée puis le croupier distribuait la totalité des 4 jeux sauf la dernière carte que l'on vous montrait avant de procéder au battage.
 
Les premiers jours, Bill était à l'entraînement et j'observais son jeu jusqu'à ce qu`à ce qu'il reste environ un demi jeu puis je lui demandais le compte (RC) et comptais avec lui le reste du sabot afin de vérifier si son compte final était bon. Comme il était sur la cible à chaque fois, nous avons pu commencer à jouer sur deux tables séparées. Après deux semaines nous pouvions jouer dans un casino et miser jusqu'à 7 mains de $200. Nous jouions environ trois heures avant de faire une pause. Le casino savait que nous étions amis mais pas partenaires.
 
Au moment où je prenais l'une de ces pauses, je me suis levé et dirigé vers la table de Bill. Bill avait cinq mises de $200 et était au moment de prendre ses décisions de jeu. J'ai tout de suite remarqué que quel que soit le compte, Bill ne pouvait tirer sur aucune de ses mains. Regardant alors le croupier, je lui dis « allez, prend ta carte » (pas de carte cachée au Panama). Le croupier s'exécuta immédiatement tournant un As (il avait un 10 ouvert) pour faire Blackjack. Bill bondit de son siège alors que le croupier 
commençait à ramasser ces mises « Qu'est-ce que vous faites ? ». Le croupier pointa dans ma direction et dit « il m'a demandé de tirer », sur quoi Bill répondit « c'est mon argent ! ».
 
Le chef est alors venu et puisqu'il aimait beaucoup notre action, il ordonna de distribuer l'As à Bill. Bill n'avait aucune main sur laquelle un As pouvait grandement l'améliorer sauf une paire de 9. Il partagea sa paire utilisant l'As pour un total de 20 et reçu un 10 sur l'autre pour un total de 19. Le croupier tira un 7 et Bill gagna ces 6 mains au lieu de perdre la totalité des 5 mains de départ. Bill était ce genre de joueur capable de lire ces petites situations et d'en tirer profit.
 
Les Bahamas n'avaient rien de bon à offrir. J'ai eu vent de ce qui est arrivé à Tommy Hyland mais c'était après mes voyages à cet endroit. Mon premier voyage remonte à 1972 ou 1973. J'étais avec Bill et nous étions sur le chemin du retour après avoir joué au Panama. Nous sommes arrêtés au Bahamas pour y jouer et avons lu dans le journal local quelque chose comme « 52 meurtres l'an passée et aucune arrestation ». Nous avons joué une courte période et sommes repartis après avoir perdu $6 000. La partie offerte semblait extrêmement difficile à battre. Alors que nous quittions le casino, un agent de sécurité nous stoppa juste à l'extérieur. Ils nous ont fait monter à notre chambre et accusé de tricherie.
 
RWM : Alors même que vous aviez perdu ?
 
AF: Ils disaient que nous avions gagné $6 000 et qu'ils voulaient leur argent. Bill n'avait jamais été dans un voyage de la sorte et me laissa prendre les décisions dans cette affaire. J'ai refusé de leur donner quoi que ce soit même s'il y avait cinq gardes de sécurité et deux chefs dans notre chambre. Ils étaient plus nombreux et nous étions à leur merci.
 
Ils ont fouillé nos bagages et trouvé plusieurs chèques de voyage. Heureusement nous avions peu d'argent liquide sur nous. Je me refusais d'admettre avoir gagné $6 000 alors que nous l'avions perdu et que de surcroît, nous ne faisions rien d'illégal en comptant les cartes. Je leur ai dit de vérifier avec le chef de table à l'intérieur du casino car ils avaient la mauvaise information. Ils ont vérifié en bas et nous ont alors dit que c'était $3 000 et non $6 000 mais qu'ils voulaient le $3 000. Nous avons discuté avec eux jusqu'à 5 heures du matin et à la fin ils n'étaient plus que trois.
 
Finalement ils nous ont quittés mais nous ont ensuite téléphoné pour nous dire qu'ils nous dénonceraient à l' IRS (Service du Revenu Américain). C'était une bonne nouvelle puisque cela laissait présager que nous allions pouvoir quitter l'île. Une heure plus tard, nous devions quitter et aller à la caisse du casino où nous avions un coffret de sûreté. Ils ne savaient pas que nous avions pris ce coffret et que c'est à cet endroit que notre argent liquide se trouvait. Il nous a fallu patienter vingt minutes avant d'avoir accès au coffret et avons cru que c'était là une autre manœuvre pour nous retarder jusqu'à l'arrivée des agents de sécurité. Heureusement non, c'était juste un peu de lenteur de leur part et nous avons pu vider le contenu de notre coffret et prendre le prochain avion pour quitter l'île.
Une année et demie plus tard, Ken Uston et un autre de nos joueurs nommé Blair étaient dans les Bahamas avec Bill et moi. ( Une note intéressante ici. Le « Blair » que Al mentionne n'est nul autre que Blair Hull, devenu immensément populaire comme courtier en valeur à Chicago et qui vendit sa compagnie à Goldman Sachs pour plus de $500 millions. Il est en vedette dans le livre New Market Wizards de Jack Schwager. Alors qu'il se dirigeait au poste de Sénateur de l'Illinois en 2004 dans une campagne pour laquelle il avait dépensé $28 millions, un scandale éclata concernant ses relations abusives avec sa femme et il perdit l'élection) Il y avait deux îles ayant des casinos.
 
L'une était correcte et l'autre mauvaise. Nous avons débuté dans un casino sur un « hole card game » (connaissance de la carte cachée). Les croupiers soulevaient beaucoup trop leurs cartes cachées et nous pouvions aisément les lire. C'est une des parties les plus faciles qu'il m'a été donné de jouer. Nous jouions à des tables séparées, Bill gagna $13 000 et moi $15 000.
 
Après notre départ du casino, les autres voulaient aller dans la mauvaise partie des Bahamas, le même casino où Bill et moi avions été tenu en otages. J'étais surpris que Bill veuille retourner à cet endroit. Nous y sommes allés et comme il n'y avait pas de possibilité de jouer la « hole card » nous avons pris la soirée de congé. Nous avons donc relaxé et passé environ trois heures à prendre le dîner et à boire du vin. Après le dîner, Ken s'est installé à une table de Blackjack et misa $10 sur une main. Alors qu'il fouillait sa poche à la recherche d'un autre $10 pour doubler sa main, je suis passé prêt de lui et lui ai jeté $10 000 sur la table tout en continuant ma route. Il n'y avait pas de bonne raison pour faire cela, je l'ai juste fait. Ce faisant, j'ai peut-être attiré l'attention sur ma présence et c'est pour cette raison que quelques minutes plus tard ils sont tombés sur moi. D'un autre côté, s'ils m'avaient tout de même aperçu, au moins je n'avais plus tous des dollars sur moi.
 
Dix minutes plus tard, la sécurité était sur moi. Personne ne les a vus m'arrêter. J'étais dans l'arrière-chambre, seul avec eux et il était maintenant 3 heures du matin. Un des agents m'a montré une carte d'identité très vite et lorsque j'ai demandé à la revoir plus lentement il m'a dit « Fuck off ».
 
Avec ce genre de remarque, vous ne savez pas si ces types sont des agents de sécurité, des policiers ou je ne sais quoi. J'ai alors reconnu les hommes qui m'avaient dit un an et demi plus tôt de ne plus revenir sur cette île. J'ai expliqué que je ne jouais pas et que de toute manière j'avais un billet sur le premier avion le lendemain matin. Ils ont pris mon portefeuille et regardé à l'intérieur, puis trouvé des numéros de téléphones que j'aurais préféré leur cacher, comme ceux de Ken et Bill. Ils m'ont alors traîné à l'extérieur du bureau et j'ai compris qu'ils n'allaient pas me laisser partir.
 
J'ai alors demandé de pouvoir téléphoner. Ils m'ont demandé à qui je voulais appeler. J'ai indiqué que je désirais appeler mon frère à San Francisco. Dès que j'eus dit cela, trois d'entre eux me prirent par la ceinture et me transportèrent à l'extérieur par une porte secondaire. Ils me mirent à l'intérieur d'une fourgonnette non identifiée. Je me suis alors souvenu des manchettes parlant de 52 meurtres non résolus et ma vie a défilé devant moi. J'ai vraiment pensé que j'étais un homme mort. Souvenez-vous qu'il était 3 heures du matin et qu'aucun de mes amis ne savait où j'étais et ce qui m'arrivait.
 
Ils m'ont amené à mon hôtel et ont fouillé ma chambre. Ensuite ils m'ont dit «  soit sur le prochain avion et quitte cette île » puis ils m'ont laissé.
 
RWM : Des voyages en Europe ?
 
AF : Bill et moi sommes allés en France quatre fois et avons toujours connu du succès puisqu'à cette époque ils ne savaient pas que la partie pouvait être battue. Nous avons brisé la banque dans un casino qui était paraît-il le huitième plus grand de France. Nous les avions battus de $230 000. Les casinos Français ne se comparent en aucun point aux plus grands casinos de Las Vegas. Il y avait à cet endroit 3 tables de Blackjack et un bel hôtel. Nous ne pensions pas que $230 000 serait suffisant pour briser la banque mais finalement ça a sufft. Nous n'avons pas réussi à récupérer tous nos gains mais la majeure partie de ceux-ci. J'ai toujours un chèque de $20 000 en filière.
 
Une autre fois, Blair et Ken étaient à Monte-Carlo et savaient que Bill et moi planifions nous rendre en Europe. Ils nous ont alors téléphoné car ils avaient peur de manquer de fonds. Deux jours plus tard, KP et moi étions en France. KP était ma compagne du temps et très bonne compteuse.
 
Nous sommes allés à Monte Carlo où venait d'ouvrir un nouveau casino, le Loews. Normalement, je ne considère même pas de jouer après un long voyage et lorsqu'il faut s'adapter au décalage horaire. Cette fois, à notre arrivée, nous sommes allés directement au Loews. À notre entrée au casino j'ai tout de suite vu Ken qui se baladait d'une table à une autre faisant du « back counting ». Blair était assis seul à une table et chacun d'eux misait jusqu'à deux mains de $500 puisqu'ils n'avaient que $25 000 de disponible.
 
J'avais apporté $125 000 avec moi. KP s'installa et m'appela peu de temps après puisque presque aussitôt le sabot était devenu chaud. J'ai débuté avec 7 mains de $500. Ken qui m'avait vu commença aussi à m'appeler sur sa table. Puis ce fut au tour de Blair de m'indiquer un sabot chaud. Ken et Blair misaient 2 mains de $500 et je jouais les 5 autres places à $500. Nous avions gagné $29 000 en moins de deux heures lorsque le chef lança ses mains dans les airs en disant « C'est assez. Si vous voulez continuer à jouer, vous devez mettre les grosses mises au début du sabot ».
 
Mon commentaire fut : « Changez mes jetons ».
 
RWM : Cela semblait être un très bon chef pour l'époque.
 
AF: Le matin suivant nous savions que plus jamais nous ne pourrions jouer une main dans ce casino. Donc, lorsque KP et moi sommes descendus pour le petit déjeuner, Ken et Blair étaient déjà installés. Deux tables plus loin il y avait cinq chefs de tables qui mangeaient. Nous nous sommes dirigés directement à la table de Ken et Blair, laissant du même coup savoir aux chefs que nous étions tous ensemble. Je n'avais jamais fait une telle chose, mais nous savions que jamais plus nous ne pourrions jouer à cet endroit.
 
RWM : Vous êtes allé là avec $125 000. N'aviez-vous pas peur de vous promener avec une telle somme ?
 
AF : Une bonne portion était toujours en chèques de voyages, car ils sont faciles à encaisser. Transporter l'argent n'est qu'une partie du problème au Blackjack. Cest une chose avec laquelle vous devez vivre. Le problème était beaucoup plus grand en Corée où vous n'étiez pas autorisés à sortir plus de $10 000 à l'extérieur du pays. Bill et moi y avons joué. Après environ une journée, j'ai remarqué que le croupier marquait les cartes de façon non intentionnelle. Chaque fois que la croupière avait une bûche ou un As pour carte ouverte, elle devait regarder pour savoir si elle avait Blackjack ou pas. Elle repliait alors le coin de la carte fermée afin de protéger la carte cachée de la vue de quiconque pourrait se trouver derrière elle. Le casino avait été victime quelques semaines auparavant d'un groupe utilisant le « spooking » (Méthode par laquelle un joueur situé derrière la table relaie la valeur de la carte cachée à un complice situé à la table de jeu. Une scène intéressante apparaît au début du film « Casino » où la prémisse est une équipe de deux joueurs utilisant le « spooking »).
 
Alors qu'elles essayent de protéger la carte cachée, elles incurvent de façon permanente les 10 et les As. Plus tard, lorsque cette même carte apparaît comme carte cachée du croupier, il est extrêmement facile de l'identifier avec un degré de certitude approchant les 100%. Comme les cartes restaient en jeu pour une période de 24 heures avant d'être remplacées, il devenait apparent après quelques heures seulement que plusieurs 10 et As étaient « marqués ». Dès que j'ai noté cela, j'ai commencé à signaler Bill. Il jouait et je m'occupais de lui indiquer quand rester et quand tirer, etc. Il ne comprenait pas ce que je faisais, mais lors d'une pause à la chambre, je le mis au parfum. Nous avons alors sorti le livre de Thorp et toute la stratégie y était indiquée pour ce genre de situation. Deux heures plus tard nous étions de retour au casino misant sept mains jusqu'à la limite de table qui était de $100 seulement. Nous avons joué huit heures et gagné $51 800.
 
Lorsque nous avions décidé d'aller en Corée nous n'avions aucune idée de la durée de notre séjour et avions seulement des visas pour cinq jours. Nous devions quitter le jour suivant pour renouveler nos visas et n'avions toujours aucune idée de la manière de faire sortir du pays autant d'argent. Nous avons dû négocier avec le marché noir afin de transférer l'argent en dollars US. Vous ne savez jamais à quoi vous en tenir lorsque vous négociez avec ce genre de personne mais parfois c'est votre seule option. Une fois changée, il fallait tout de même sortir l'argent du pays. S'ils nous avaient pris, ils auraient confisqué l'argent et auraient pu nous mettre en tôle pour dix ans. Nous avons donc pris la décision de mettre l'argent dans nos souliers,. Ainsi nous avions chacun $10 000 par soulier et mesurions 2 cm de plus cette journée. Ils nous ont assez bien fouillés, mais jamais ont-ils regardé dans nos souliers !
 
Nous sommes allés au Japon pour y renouveler nos visas et sommes revenus en Corée avec l'espoir de les lessiver. À notre retour, la première fois où la croupière reçut un 10 comme carte ouverte, elle plia de la même manière le coin. Puis, le chef de table lui jeta un regard sévère et celle-ci reprit la carte et replaça le coin correctement. La fois suivante, toujours la même chose. Ils ne nous restaient plus qu'à compter normalement, mais dès que nous augmentions nos mises, le chef ordonnait un battage. Nous avons donc quitté la Corée.
 
RWM : Quels étaient les critères pour joindre l'équipe ?
 
AF : La première chose que je faisais était de leur apprendre à compter un deck en utilisant le Revere APC et leur donnais une carte de la stratégie de base. Je leur demandais de revenir une fois la stratégie de base apprise et lorsqu'ils seraient capables de compter un deck en moins de 30 secondes pour être testés. Ce n'est que s'ils réussissaient le test que je leur apprenais le reste. Une fois cette étape franchie, ils devaient améliorer leur vitesse sous la barre des 20 secondes. Pour débuter, s'ils étaient capables d'être sous les 30 secondes, je savais qu'ils avaient la motivation nécessaire et le potentiel d'apprendre. S'ils n'y mettaient pas les efforts ou ne me rappelaient pas, je ne m'en faisais pas trop puisqu'il y avait beaucoup de gens intéressés à joindre l'équipe, la plupart étant des connaissances de joueurs en place. J'ai montré à nombre de femmes à jouer. Nous en avions plusieurs sur l'équipe et cela explique peut-être une partie de nos succès. Les femmes n'étaient pas réputées capables de jouer correctement au Backjack.
 
RWM : Lors de mon entretien avec Cathy Hulbert pour « Gambling Wizards », elle me disait que les casinos n'avaient pas l'habitude de voir des jeunes femmes miser $1 000 la main et qu'ils sont alors devenus suspicieux.
 
AF : C'est exact sauf que je ne les utilisais que comme spotters et les casinos ne nous ont jamais suspectés.
 
Une fois, Ken jouait en ville, au Fremont et avait dû terminer sa session après 35 minutes puisqu'il avait déjà gagné $27 000. Un de nos BP nommé Bill était dans un casino voisin où seulement des « double decks » étaient installés. Nous n'avions pas l'habitude de jouer ce type de partie car lorsque le compte est positif, puisqu'il ne le reste pas longtemps, votre BP doit pratiquement courir à l'intérieur du casino. Puisque j'avais maintenant 6 compteurs additionnels de disponible, j'ai décidé de les envoyer rejoindre Bill et son groupe. Je suis moi-même descendu sur place afin de voir comment se comporterait le casino avec 13 de nos compteurs à l'intérieur. Cette situation gardait Bill extrêmement occupé, il courrait dans tous les sens. Il pouvait y avoir 3 ou 4 joueurs lui signalant une situation favorable au même moment. J'ai remarqué que Bill perdait et qu'il allait peut-être manquer d'argent. J'ai donc traversé le casino et à la vue de Bill je mis ma main sur mon entrejambe signalant à Bill de me retrouver aux toilettes. Juste à l'entrée des toilettes je me suis arrêté au téléphone afin de feindre un appel et j'ai laissé une enveloppe brune à vue (Bill savait de quoi il s'agissait) contenant $15 000 pour que celui-ci puisse poursuivre le jeu.
 
Il jouait à une table et aperçu un signal sur une autre table plus loin. Bill dut crier au chef « faîtes 3 mises pour moi sur cette table ». Il donna de l'argent au chef pour effectuer les mises et vit un autre signal sur une troisième table, il dit « placez 3 autres mises pour moi sur celle-ci aussi ». « Qu'est-ce que j'ai là ? », Le chef dit «  vous avez un 15, un 16 et 20 ». Bill dit « restez, restez, restez », heureusement il pouvait voir la carte ouverte du croupier sur cette table. Puis il cria de nouveau « faîtes 3 mises là-bas pour moi » et pointant une autre table « 3 de plus ».
 
C'était comme regarder un chef d'orchestre. Les chefs courraient à l'intérieur du casino afin de miser pour lui. Cela aurait été plaisant s'il avait gagné, malheureusement il perdit environ $30 000. Le jour suivant, nous pensions faire un malheur alors que Bill semblait être un excellent client pour eux, ils aimaient tellement son action. Puis une fois au casino, Bill fût informé qu'il ne pouvait jouer que sur une seule table à la fois. La raison étant que ce qui s'était passé la veille donnait trop d'opportunités aux croupiers de tirer profit d'une telle situation (voler le casino).
 
RWM : Il y a un long moment que j'ai lu « The Big Player » (par Ken Uston et Roger Rapoport) et il me semble y avoir lu une histoire semblable sauf que Ken était le BP.
 
AF : Ken prenait constamment du mérite pour des choses qu'il n'avait pas faites. Habituellement c'étaient des choses que moi-même avait fait mais dans ce cas particulier, c'était vraiment Bill qui était le BP.
 
RWM : En quelle année avez-vous mis de l'avant le concept du « Big Player » ?
 
 AF : J'ai eu l'idée en 1971 ou 1972 et j'ai rencontré Ken en 1973.
 
RWM : Quand cela fut-il révélé ?
 
 AF : Probablement en 1975.
 
RWM : Avez-vous continué à jouer avec Ken Uston après cela ?
 
 AF : Nous étions restés amis. Par la suite, il utilisait beaucoup le « hole carding » (Méthode par laquelle le joueur réussit à voir la carte cachée du croupier par diverses méthodes de positionnement à la table).
 
RWM : Vous n'avez donc entretenu aucune rancune envers Ken Uston pour avoir exposé le concept du « Big Player » ?
 
 AF : J'aurais dû, mais je ne l'ai pas fait. Tout le monde lui en voulait sur l'équipe sauf Bill. Lui et Ken étaient devenus très proches l'un de l'autre, mais les autres joueurs le détestaient. Ils s'éclataient totalement et gagnaient beaucoup d'argent. Ken a ruiné ce mode de vie qu'ils avaient.
 
RWM : Quand avez-vous joué avec l'ordinateur dissimulé ?
 
 AF : Environ deux années plus tard.
 
RWM : Comment ce projet est-il arrive ?
 
 AF : Ken Uston m'a présenté à Keith Taft qui vivait à Sunnyvale à l'époque. C'était un homme très religieux et aussi très ingénieux. Il avait développé un concept où un ordinateur serait positionné à l'intérieur d'un soulier et était à la recherche de quelqu'un pour diriger une équipe. Ken croyait que je serais la bonne personne pour cela. Keith et moi sommes devenus partenaires, j'étais retraité à ce moment, mais j'aimais l'idée. J'ai donc commencé à enseigner aux gens à opérer l'ordinateur installé dans leurs souliers.
 
RWM : Comment cela fonctionnait-il ?
 
 AF : Nous y introduisions la valeur exacte de chacune des cartes (pas la couleur). Il y avait deux boutons dans chaque soulier. Ils étaient situés au-dessus et en dessous de votre gros orteil. Avec ces quatre boutons, vous pouviez entrer la valeur de toutes les cartes. Les quatre boutons avaient des valeurs de 1, 2, 4 et 8, donc si vous combiniez les boutons 2 et 8 vous faisiez 10. En jouant en tête-à-tête vous entriez vos deux cartes en premier suivi de la carte du croupier et l'ordinateur vous indiquait comment jouer votre main. Vous receviez le signal par une vibration à la plante du pied. Une vibration pour « tirer », deux vibrations pour « rester », etc. Il y avait des signaux pour tout, doubler, abandonner, hausser la mise, diminuer, etc.
 
Nous avions une maison à Reno pour environ trois mois. Lorsque nous avons débuté, il y avait toujours quelque chose qui ne fonctionnait pas. Un fil qui brisait, un soulier qui se désintégrait, les batteries qui tombaient par le talon du soulier. Il fallait continuellement quelqu'un pour s'occuper du bon fonctionnement des souliers.
Notre première idée était de ne jouer que les Single Deck à mise constante égale. Durand cette période, les casinos étaient très paranoïaques à l'égard des compteurs. Nous pensions qu'en misant de cette façon nous pourrions jouer indéfiniment. Les souliers que nous devions utiliser étaient un peu gros et nous recevions même de temps à autre des commentaires venant des chefs de tables concernant le format des souliers. Un de nos joueurs dit au chef qu'il avait un problème de « gros orteil » et que ce modèle était le seul qui lui convienne.
 
La majorité des joueurs que j'entraînais étaient nouveaux sur la scène du Blackjack. L'entraînement prenait de six à huit semaines et nous devions débuter à zéro, car la plupart d'entre eux n'avaient jamais joué au Blackjack avant. La mise la plus grosse qu'ils avaient peut-être faite dans leur vie était de $5 et en peu de temps je les envoyais miser $100 et $200. Nous avions un avantage d'environ 1.5% mais si vous rencontrez un croupier qui vous triche, cet avantage s'évapore rapidement. Je pense que cela c'est produit à quelques reprises. Nous avons joué neuf mois et n'avons pas fait d'argent. Je crois que nous avons essayé d'en faire trop et que la mise constante égale n'était pas une méthode assez agressive. Si l'on figure les dépenses de Keith ainsi que ce que nous avons perdus aux tables, l'aventure nous a coûté environ $75 000. Rien de bien grave, seulement neuf mois de notre temps. Personne ne fût arrêtée ou pris par les casinos. À l'époque, l'utilisation des ordinateurs dans les casinos n'était pas encore illégale.
 
J'ai toujours eu cette faculté d'arriver avec de nouvelles idées. Je frappe les casinos avec une idée qu'ils n'ont jamais vue auparavant et j'en profite. Ils n'ont aucune idée de la façon dont ils se font battre. Un autre concept que j'utilisais se nomme « the drop » (la chute). Je jouais un Single Deck et au moment de couper, je soulevais la coupe en l'inclinant légèrement vers un complice assis à la table voisine qui visualisait la carte puis je laissais retomber 4-5 autres cartes et procédais à la coupe. Une fois la coupe accomplie par le croupier, je connaissais l'identité de la quatrième ou cinquième carte. Il fallait ensuite ajuster le nombre de mains jouées afin de recevoir cette carte ou de la donner au croupier comme carte cachée. L'habileté qu'il fallait maîtriser était celle de savoir exactement combien de cartes je laissais retomber. Mon taux de réussite était de l'ordre de 95%. Je jouais habituellement trois mains de $500 dès le début et le casino croyait avoir à ce moment un avantage sur moi alors que mon avantage moyen était de l'ordre de 16%.
 
J'ai utilisé cette méthode environ six mois mais c'était le genre de choses difficiles à mettre en place car elle demandait des conditions idéales. Le concept utilisait trois hommes. Il vous fallait une table rien qu'à vous, un complice à la table voisine et un troisième servant de relais qui vous laissait savoir s'il s'agissait d'une petite carte ou d'une bûche. Les conditions étaient donc difficiles à trouver.
 
RWM : J'imagine que c'est pour cette raison qu'ils ne laissent plus les joueurs couper à la main ?
 
AF : Oui. Par contre, il y avait une autre équipe qui coupait les As et c'est certes la raison principale liée à l'apparition de la carte de plastique. J'ai été arrêté pour avoir joué « la chute » au Fitzgerald's à Reno. Jusqu'à ce jour, ils n'ont jamais su ce que je faisais. Ils savaient que je faisais quelque chose mais n'arrivaient pas à figurer quoi. J'ai dû engager un avocat, mais après un certain temps ils ont abandonné la cause.
 
RWM : Croyez-vous que c'était tricher ?
 
 AF : Certains vous diront que le concept était malhonnête mais si ce l'était, je m'en fous. Je sais combien de fois les casinos m'ont triché et je ne faisais que leur rendre la pareille. Le « Hole Carding » n'est pas malhonnête, cela a été admis devant la cour.
 
RWM : Comment vos femmes acceptaient-elles ce jeu ?
 
 AF : J'ai commencé à jouer au Blackjack vers la fin de mon premier mariage. Lors de mon second mariage j'étais marié avec une Vénézuélienne et elle vivait très bien avec le fait que je jouais au Blackjack.
 
RWM : Jouez-vous toujours au Blackjack ?
 
 AF : Je suis retourné au Blackjack dans les années '90 lorsque Arnold (Snyder) mit sur pied une équipe nommée CRAPS. Nous avions démarré une équipe de comptage direct. Bien qu'il y avait de bonnes personnes dans cette équipe, nous n'avons pas fait d'argent. Après environ une année, nous avons lancé la serviette et au même moment je suis arrivé avec l'idée d'une équipe de suivie de As. Il m'a pris environ six mois à mettre le concept sur pied. J'ai jonglé avec cinq ou six différentes idées afin de mémoriser les séquences de cartes. Quelques-unes de ces idées n'étaient pas tellement bonnes et j'en ai finalement trouvé une qui fonctionnait très bien.
 
RWM : Avez-vous lu des livres sur la mémoire ?
 
 AF : J'ai lu tous les livres que j'ai pu trouver sur la mémoire et j'ai étudié environ huit heures d'enregistrement vidéo à ce sujet. Je ne peux plus le faire maintenant par manque d'entraînement, mais une fois j'ai joué sur un sabot de huit jeux où j'ai mémorisé 24 séquences et réussi à me les rappeler toutes. Habituellement vous jouez sur un six decks et vous pouvez avoir 12-13 séquences à mémoriser. J'ai appris la technique à quelques personnes et nous avons eu de bons résultats.
 
RWM : Vous travaillez sur quoi en ce moment ?
 
 AF : En ce moment, je suis d'une certaine manière de l'autre côté de la table. Je suis impliqué dans une opération bancaire ici en Californie. Les clubs de cartes ne peuvent accepter de mises provenant des clients. Les mises doivent se faire entre clients. Si un client veut miser $1000 et que personne à la table ne veut miser autant, celui-ci ne peut pas miser. C'est ici que j'interviens. Je fournis des fonds à un joueur de la table qui accepte toutes les mises. Nous avons un « banquier » dans plusieurs casinos, c'est donc comme se retrouver de l'autre côté de la table. Je n'avais jamais pensé être dans cette position un jour. Je ne suis toujours pas le casino, mais une sorte d'intermédiaire.
 
Je suis aussi impliqué dans les courses de chevaux. J'ai de temps à autre essayé de gagner aux courses depuis plus de vingt ans. La première tentative fût avec mes trois frères. Nous avons dépensé $45 000 il y a de cela vingt ans, récoltant de données de toutes les pistes de Californie et de New York. Nous avions de l'aide de Bill Quirin pour récolter toutes ces informations, puis il a décidé d'écrire un livre sur notre étude sans notre permission ( Winning at the Races, par William Quirin, 1979 ). Il était comme Ken Uston. Ce fût un livre très populaire, le meilleur de l'époque traitant du sujet des courses de chevaux. En ce temps, nous pensions avoir un système gagnant, mais il ne tenait pas la route. Il y a environ quatre ans, nous avons commencé à jouer le « Pick 6 » et en avons frappé quelques-uns. Nous croyons avoir présentement un système gagnant mais n'avons pas joué suffisamment longtemps pour en être certain.
 
RWM : Plus de Blackjack ?
 
 AF : Je crois que le Blackjack est derrière moi maintenant. Je ne jouerai probablement plus une autre main de Blackjack de ma vie, mais je ne sais pas (Al s'arrête pour penser un moment), j'ai eu l'idée d'un nouveau concept il y a deux ans ….
 
 
Entrevue réalisée en 2002 par RWM, adaptation par Monsieur G

 

   

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