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Quatre croupiers et dix joueurs ont floué le casino de Middelkerke

Posté : 14 janv. 2022, 17:55
par Monsieur G
Voici comment quatre croupiers et dix joueurs ont floué le casino de Middelkerke d’environ trois millions d’euros

“Ces gens avaient déjà perdu tellement d’argent. J’avais pitié”. Un croupier a donc laissé certains joueurs gagner au casino de Middelkerke. Jugé aujourd’hui, l’homme a avoué, entre autres, qu’à la table de roulette, il n’a misé ses jetons qu’après que la boule ne soit déjà tombée sur le numéro gagnant. Quatre membres du personnel et dix joueurs auraient ainsi pillé 2.841.737,77 euros. Au moins! “S’il se grattait les cheveux, je devais aller à sa table”, a avoué l’un des tricheurs qui est aujourd’hui en procès.

“Je n’y peux rien s’il m’a favorisé, n’est-ce pas?” C’est de cette manière qu’Yves D.M. (53 ans) s’est exprimé lors d’un interrogatoire de police. Pendant des années, l’homme de Molenbeek-Saint-Jean a régulièrement tenté sa chance au casino de Middelkerke. Selon la comptabilité de l’établissement, le personnel a versé plus de 415.000 euros à l’heureux parieur. Le joueur a remis en question ce montant aux enquêteurs. “Mon compte en banque est en dessous de zéro. Je n’ai même pas ma propre maison”.

Suspicion
C’est le comportement du même Yves D.M. qui a poussé la gérante du casino de Middelkerke à se rendre à la police au printemps 2015. Chaque semaine, la femme vérifie les revenus de la semaine précédente. Lors de son contrôle du lundi 13 avril 2015, elle a un mauvais sentiment au sujet des chiffres des gros joueurs. “Quelque chose ne colle pas” a-t-elle dit.

La femme se place devant un écran et regarde les images des caméras de surveillance suspendues au-dessus des cinq tables de jeu. 57 heures d’images animées sans son à éplucher! Inquiet, le manager rembobine plusieurs fois sur une partie de roulette américaine qui s’était déroulée la veille.

Images éloquentes
Il avait vu juste. Le joueur, Yves D.M., avait jeté un jeton de 100 euros sur la table à 15 heures 35. Elle voit comment il fait mine de désigner nonchalamment un ou des numéros en direction du tableau où les paris doivent être placés. Ses mouvements du suspect sont si aléatoires que celui-ci aurait pu tout aussi bien pointer le plafond. La femme voit ensuite comment l’un de ses croupiers, Pascal V. (NDLA. aujourd’hui 48 ans), échange le jeton de 100 euros contre une série de jetons plus petits. Il ne les sort de la banque derrière lui qu’après que la balle ne soit déjà tombée. Elle a du mal à le croire, mais le croupier met les jetons sur le numéro qui était déjà sous la boule.

Normalement, le croupier indique clairement la fin des paris avant que la balle ne soit tombée. Cela se fait avec les mots bien connus “Rien ne va plus”, accompagnés d’un mouvement de balancier du bras. Pour le manager, il n’y a aucun doute: son employé a d’abord regardé où la balle était tombée et a seulement ensuite placé la mise victorieuse sur le tableau. Plus de jeu de hasard. Pure fraude.

Escroquerie.
Le manager déniche toutes les images disponibles du joueur concerné. Elle remarque qu’Yves D.M. joue normalement toujours sur les numéros 14 et 17. Sauf quand il est à la table de Pascal V. ou de sa collègue Karine G. (NDLA. aujourd’hui 56 ans)! Dans ces cas-là, Yves D.M. gagne sans aucune exception. Le directeur compare alors les horaires de travail des croupiers avec les visites d’Yves D.M. Il s’avère que ce dernier ne se rend au casino que lorsqu’un des deux travailleurs était présent. Un examen plus approfondi des images des caméras montre des pratiques similaires avec quatre autres joueurs.

Signaux secrets
Le manager appelle la police. Selon l’enquête volumineuse, quatre membres du personnel et dix joueurs auraient uni leurs forces pendant des années pour escroquer le casino de l’intérieur. La fraude était systématique: le personnel se passe la main dans les cheveux pour signaler aux tricheurs qu’ils peuvent venir à leur table. C’était leur signal pour dire: “La voie est libre”. Celui qui était à la table savait ce qui allait se passer.

Stratagème
Les employés bloquaient ensuite la vue de leurs collègues qui n’étaient pas impliqués dans la combine. Puis le même schéma se répète: le croupier lance la balle dans le cylindre et l’invité attend très longtemps avant de jeter un billet ou un jeton de cent euros sur la table.

Les croupiers avaient aussi délibérément fait en sorte qu’il n’y ait pas de piles de jetons sur leurs tables. Ce qui est pourtant obligatoire. Cela signifie qu’ils devaient prendre des jetons de la banque derrière eux. Cela a permis de faire d’une pierre deux coups. Les employés du casino gagnaient du temps et pouvaient voir où la boule s’arrête. Ce n’est qu’ensuite qu’ils misaient les jetons.

Bouche fermée
Sur les images de surveillance, les enquêteurs et un expert néerlandais en jeux de hasard remarquent également que certains joueurs n’ouvraient même pas la bouche lorsqu’ils pariaient. Comment pourraient-ils dire au croupier où mettre les jetons? Normalement, ils doivent donner quatre indications: le numéro, la couleur (rouge ou noir) ainsi que la mise à cheval et sur les voisins ou non.

Dissimulation
Les règles du jeu de cartes, le blackjack, semblent aussi avoir été bafouées. Le croupier regardait les cartes avant de les distribuer aux joueurs. Les joueurs ne peuvent pas réellement perdre de cette façon. La fraude a pu rester sous le radar pendant longtemps parce que seuls les gros gains des acteurs étaient suivis par le casino.

Par ailleurs, le personnel incriminé enregistrait des paris importants d’autres joueurs au nom des tricheurs. S’ils gagnaient, leurs gains se faisaient beaucoup moins remarquer. De cette manière, on a l’impression que l’escroc mise beaucoup plus d’argent et que ses gains sont donc beaucoup plus faibles.

Les parts du gâteau
Le casino a calculé qu’il avait versé un total de plus de 3,2 millions d’euros aux dix tricheurs. Le tribunal les poursuit pour “seulement” 2,8 millions d’euros.

L’un des joueurs a expliqué lors d’un interrogatoire comment il devait diviser l’argent gagné frauduleusement. Il a déclaré qu’il pouvait garder un septième de la somme. Il devait mettre le reste dans une enveloppe et la déposer dans la boîte aux lettres d’un employé du casino qui vivait à Ostende. Un autre tricheur a affirmé qu’il avait été autorisé à garder une partie similaire de l’argent.

Pour les enquêteurs, il semble logique que les organisateurs se soient gardés la plus grosse part du gâteau. Les joueurs sont parfaitement interchangeables dans ce système frauduleux. Ils ne sont pas en mesure d’exiger plus d’argent. Selon le casino et les tribunaux, la fraude a duré 14 ans. Elle aurait commencé en 2002 ou même en 2001.

Dénonciations
Certains des acteurs clés ont fini par avouer leur culpabilité au cours de l’enquête qui a duré des années. Le croupier, Pascal V., par exemple, déclare lors d’un interrogatoire en 2017 que la tricherie était le fait d’employés du casino et de visiteurs. En plus de ses aveux, il mentionne les noms de trois collègues et d’une série de joueurs. Un ancien collaborateur de Pascal V. raconte aussi à la police que le croupier l’avait déjà approché dans les années 2000 pour savoir “s’il ne connaissait pas un moyen de foutre en l’air le casino?”

Un joueur poursuivi en justice a concédé aux forces de l’ordre qu’un employé du casino lui avait demandé de participer à la fraude dès 2002 dans un café. On lui a dit dès le départ qu’il pouvait faire un profit sur la roulette en misant tardivement. On lui a également conseillé de ne jouer qu’en présence de certains membres du personnel. Le joueur l’a fait et est maintenant en procès à Bruges.

Neveu d’un Diable Rouge
Les joueurs et les membres du personnel impliqués se connaissent et étaient parfois en bons termes.

Par exemple, un joueur régulier de Jette avait invité le croupier Pascal V. et un de ses collègues à un match de football de Premier League anglaise. Il est l’oncle d’un Diable Rouge qui était sur le terrain ce jour-là contre Chelsea. La petite bande belge était accueillie par le père du sportif. Au cours de ce voyage, ils rencontrent également le footballeur vedette en personne. Le collègue de Pascal V. a ensuite publié des photos de cette sortie sur Facebook. La direction du casino de Middelkerke les a vues et en était mécontente. Selon les deux employés du casino, ils ont payé de leur poche le voyage et leur séjour en Angleterre. Ils ont obtenu les billets par l’oncle du Diable Rouge qu’ils fréquentaient au casino.

Démenti partiel
Lorsque toute l’affaire a éclaté en avril 2015, l’oncle du footballeur professionnel était en congé maladie. Lui aussi est maintenant en procès à Bruges.

Selon l’enquête judiciaire, le casino lui aurait versé 218.480 euros lors de ses nombreuses visites dans les salles de jeu à Middelkerke. L’homme, aujourd’hui âgé de 50 ans, a expliqué à la police qu’il est tout à fait possible qu’il ait reçu des gains illégaux lors de parties de roulette. Il a également admis qu’il avait rencontré le croupier, Pascal V., à plusieurs reprises à l’extérieur du casino et qu’ils s’étaient parlé au téléphone. Mais selon lui, ce n’était pas pour fausser le jeu. “Si vous jugez que je misais juste avant que la balle ne tombe, cela n’a jamais été fait en coopération avec le personnel du casino. Je ne suis pas responsable de leurs actions. C’est au croupier de décider quand il faut arrêter de parier” a-t-il déclaré à la police.

A son insu
L’homme souligne également qu’il n’a pas toujours gagné. “J’ai perdu plus que je n’ai gagné.” Il nie avoir été favorisé par le croupier. Pourtant ce dernier a lui-même reconnu le contraire dans son interview de 2017. “Je ne lui ai jamais demandé ça. Je n’avais pas besoin de cet argent” insiste l’oncle du Diable Rouge.

Néanmoins, le casino lui réclame les 218.480 euros. Selon lui, il est totalement invraisemblable que le croupier ait favorisé certains joueurs à leur insu. L’oncle des Diables rouges est le seul des clients du casino poursuivis par la justice à réclamer l’acquittement total.

Jusqu’à ce jour, l’un des membres du personnel dément catégoriquement toute implication. Son travail consistait à surveiller ses collègues. Selon cet homme, il n’a fait que suivre les ordres de la direction et il n’a jamais été question de commettre une fraude dans son chef.

Simple culpabilité
Certaines des personnes concernées demandent au tribunal de Bruges de les déclarer simplement coupables. Cela voudrait dire qu’ils peuvent continuer à vivre en étant condamnés, mais sans recevoir de peine. Ils estiment qu’ils y ont droit car il a fallu plus de six ans avant qu’ils ne soient renvoyés devant le tribunal. Ils considèrent que le délai raisonnable est dépassé. L’un des suspects pense même que sa femme l’a quitté parce que cette affaire traîne depuis trop longtemps.

Une simple déclaration de culpabilité signifie toutefois que les personnes condamnées doivent encore payer pour les dommages causés.

Sommes contestées
À cet égard, les personnes impliquées qui ont fait des aveux (partiels) tirent toutes dans la même direction. Ils qualifient les montants demandés de très exagérés. Certains estiment également que le casino et le tribunal devraient tenir compte de leurs mises et des pertes qu’ils ont subies.

Le casino n’est pas d’accord. Selon lui, ce n’est pas parce qu’un voleur pille d’abord la caisse du supermarché et utilise ensuite l’argent dérobé pour faire des achats dans ce même supermarché, que cela annule le vol.

Durée des enregistrements
Pour leur part, certains suspects doutent que la fraude ait pu durer aussi longtemps. Ils critiquent le fait que le casino ne dispose d’images de surveillance que pour une durée de huit semaines en 2015. Mais selon les termes de la loi, le casino n’est pas autorisé à conserver des images plus longtemps.

Lors de l’audience du mois dernier, le ministère public a demandé deux ans de prison avec sursis pour les membres du personnel, qui ont d’ailleurs tous été licenciés par le casino. Les joueurs risquent dix mois de prison avec sursis.

Source: https://www.7sur7.be/faits-divers/voici ... %2Ft.co%2F